Des parties civiles ont défendu, mardi en répliques devant le tribunal correctionnel de Tournai, l'intervention du commandant Eddy Pettiaux, mort dans la catastrophe de Ghislenghien le 30 juillet 2004, alors qu'il y dirigeait l'action des pompiers après la détection d'une importante fuite de gaz.
Soutien
Quelque 250 pompiers en uniforme étaient d'ailleurs venus soutenir, par leur présence sur les bancs réservés au public, leurs cinq collègues décédés dans la catastrophe de Ghislenghien. Au premier rang, ils avaient laissé cinq sièges vides ornés de képis afin de signifier le fait que des défenses avaient mis en cause des pompiers morts et qui ne pouvaient dès lors se défendre.
C'est principalement Fluxys et Diamant Boart, maître d'oeuvre du chantier de construction de son usine sur le site, qui ont mis en cause M. Pettiaux. La défense de Fluxys a notamment estimé que, présent sur place 30 minutes avant l'explosion, M. Pettiaux aurait dû ordonner l'évacuation, ce qui aurait épargné des vies.
Un premier employé de Diamant Boart a senti une odeur de gaz dès 06H40 mais ce n'est qu'à 08H00 que les services de secours seront prévenus, a relevé Me Geert De Mets. Pourtant, a-t-il précisé, le directeur de l'usine, prévenu à 07H49, était au courant de la présence des conduites de gaz souterraines Fluxys.
Silence
"Rien n'a été fait au niveau de Diamant Boart. On s'est tu sans parler de canalisations", a-t-il relevé en citant plusieurs appels téléphoniques entre responsables de l'entreprise.
Pour Me De Mets, le commandant Pettiaux a pris des mesures dès son arrivée sur place à 08H25, soit 30 minutes avant l'explosion. Il a fait preuve de méthode et de sang-froid. L'avocat a ainsi cité les avertissements donnés aux entreprises du site d'éviter toute source de chaleur, la recherche des références de canalisations.
A 08H38, M. Pettiaux, a signalé, selon Me De Mets, tous les éléments utiles au dispatching d'alerte de Fluxys: le gaz sort de trois avaloirs à un débit énorme, dans l'alignement du balisage d'une canalisation Fluxys.
Relais des informations
Pour Me De Mets, Fluxys a dès lors, dès ce moment, pris le relais du commandant des pompiers dans la direction des opérations, d'autant que la société est la seule à savoir que c'est une canalisation haute pression. Fluxys a alors signalé qu'il envoyait un patrouilleur sur place qui n'arrivera qu'après l'explosion.
"Le message de Fluxys est 'pas de panique, on envoie quelqu'un. Et restez assis sur la bombe'", a ironisé Me Jean-Philippe Rivière. Il a déploré qu'aucun des prévenus ne prenne ses responsabilités et rejette la responsabilité sur les autres.
Marc Gilbert, président de la Fédération royale des corps de sapeurs-pompiers de Belgique, présent dans la salle avec quelque 250 pompiers restés silencieux pendant tous les débats, a également défendu les pompiers. Il estime que le commandant Pettiaux a travaillé de manière tout à fait professionnelle.
Pas de faute dans le chef du défunt
"Le commandant Pettiaux a analysé la situation: on était à l'air libre. Le champ était vide. Il n'y avait aucun engin de chantier qui pouvait montrer que la conduite avait été agressée. On est à 300 mètres d'une route", a rappelé M. Gilbert qui ne voit aucune faute chez son collègue.
Il met en cause le fédéral qui ne dispense quasiment aucune formation pour les pompiers. Pour M. Gilbert, l'Etat devrait également se retrouver sur le banc des prévenus. Et, souligne le président de la fédération, Ghislenghien n'a pas servi de leçon. Les pompiers sont toujours mal équipés, devant se rendre au feu en "jeans et gants de jardinage" et ne peuvent toujours pas compter sur une véritable formation.
"Quand j'entends la chronologie des événements de Ghislenghien, je ne peux dire qu'une chose: on n'aurait pas fait mieux aujourd'hui", dit-il.