Interview : Samuel HUSQUIN
Marc Gilbert, plus de 200 pompiers se sont réunis à Éghezée vendredi soir. Et ce n'était pas pour organiser les festivités de la Sainte-Barbe...
Les 85 services incendie de Wallonie y étaient représentés. C'est le ras-le-bol généralisé. La situation est grave.
À ce point-là?
La réforme, ce sont des promesses non tenues. Et sur le terrain, la situation se déglingue.
Des exemples?
Il y a tout d'abord un problème de statut. Les services tournent grâce aux volontaires qui représentent deux tiers du personnel. Or, la situation de ces derniers n'est pas claire. Récemment à Yvoir, un volontaire s'est blessé sérieusement au dos lors d'une intervention. Il sera indisponible au moins six mois. Et ça coince avec les assurances pour la prise en charge. Voilà un exemple parmi d'autres.
D'autres sources d'amertume?
La formation est inexistante. Les jeunes qui démarrent partent au feu sans savoir ce qu'ils vont trouver. Ici, à Sambreville, on avait annoncé la création d'une école du feu. Elle est de moins en moins d'actualité... Il y a aussi des soucis de matériel.
Les finances publiques ne sont pas brillantes...
Et on n'attaque nullement les pouvoirs locaux. Comme nous, ils ont été trompés par cette réforme. Mais, au niveau des villes et communes, on n'a plus l'argent pour assurer les investissements. Le matériel devient vétuste, inadapté. Dans certaines casernes, les pompiers organisent des soupers-boudins pour payer les vestes ou les lampes utiles pour les interventions...
Le fédéral n'assume pas?
C'est notre troisième ministre en très peu de temps. Mais avec Madame Turtleboom, c'est fini. On n'en attend plus rien. On veut un autre interlocuteur. 68 millions d'euros supplémentaires avaient été prévus pour lancer la réforme. Et que constate-t-on? Un budget 2010 inférieur de 7 millions à celui de 2009...
Votre riposte ?
On pourrait descendre sur Bruxelles et bloquer tout. Mais on ne veut certainement pas prendre la population en otage. Dans la société, la profession de pompier est bien placée au hit-parade de la considération. Les politiciens sont à l'autre extrême... Ce que l'on fera? Des actions qui vont aller crescendo durant un mois de décembre qui sera très agité.
Ici, votre sécurité n'est plus assurée
Crescendo. C'est le mode choisi par les pompiers dans leurs actions pour se faire entendre. Le 4 décembre, plutôt que de se réjouir aux banquets de la Sainte-Barbe, certains pompiers vont mener des actions sur les routes, et notamment à nos frontières.À Couvin, Chimay ou aux frontières belgo-luxembourgeoises, les protestataires distribueront des tracts aux conducteurs. «On avertira tous ceux qui passent la frontière qu'ils entrent ou quittent un pays dans lequel leur sécurité n'est plus assurée...», annonce Marc Gilbert, président de la fédération royale des corps de pompiers de Belgique. La semaine suivante, les dirigeants de partis mais aussi Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, seront interpellés.«On lui demandera qu'il n'oublie pas de faire respecter les lois dans son propre pays. Notamment sur les limitations du temps de travail. Certains hommes font parfois des semaines de plus de 70 heures...». La troisième semaine de décembre, les actions seront menées dans les casernes.«En 2004, les Anglais ont carrément refusé de partir sur certaines interventions», rappelle Marc Gilbert. «On en n'est pas là mais...»
Actu 24

